• ramadan calcul astronomique

Le non-consensus sur le consensus : cas de la détermination du mois de ramadan

La détermination du début du ramadan par le calcul astronomique, règles de usul ul fiqh et avis existants

 

Le début du mois de ramadan de l’année dernière, en France, a connu un capharnaüm tristement historique. D’aucuns ont jeûné, suivant le calcul astronomique, d’autres, nombreux, ont préféré rester fidèles au sens premier des textes prophétiques qui appellent à débuter le jeûne après constatation de son apparition à l’horizon par un groupe important de personnes, selon certains, par deux témoins dignes de foi, au minimum, pour d’autres ou encore par une personne, même inconnue des autorités d’une cité quelconque, pourvu qu’elle soit musulmane, pour d’autres, encore, selon qu’il y a des nuages ou que le ciel est dégagé. D’autres raisons ont pu être invoquées, comme l’universalité des fuseaux horaires, qui exige que où que la lune soit vue tous les musulmans jeûnent, l’avis de la majorité des écoles sunnites, et la prise en compte de ce que l’on appelle la vision régionale, avis essentiellement soutenu par les shafiites et les malikites, avec la précision que ces derniers parlent de distance, chez Ibn ‘Abd Al-barr.

Cette divergence est donc quelque chose de bien connue en terre musulmane, depuis le début de l’islam et n’a jamais conduit à des guerres de tranchée, comme ce fut le cas l’an dernier en France, avec des injures qui fusaient de partout, allant jusqu’à l’excommunication de certains frères par d’autres, ce qui est, pour moi le summum des injures. Entre les savants, d’hier comme d’aujourd’hui, des propos très durs ont pu être tenus. Ceux qui connaissent les relations tumultueuses entre les deux grands noms du hadith du 10ème siècle de l’hégire jusqu’à nos jours, qui sont Al-sakhâwi et Al-jalâl Al-suyutwi, en ont entendu des plus belles. Mais, jamais, à ma connaissance ils n’ont été jusqu’à l’excommunication. Une autre personnalité géante de la communauté musulmane, Ibn Taymiyya, est morte en prison pour, entre autres choses, ses positions en fiqh, jurisprudence musulmane, et la guéguerre qui existait entre lui et ses disciples d’un côté et un autre géant de la communauté musulmane, Al-subki, et d’autres savants de l’autre.

La raison de cet écrit, que j’espère petit par le volume et grand par le contenu, est d’éclaircir pour moi, d’abord, et pour mes frères et sœurs musulmans, français, par les moyens qui sont les miens, ensuite, loin de tout esprit partisan, certaines notions qui sont, hélas, utilisées la plupart du temps par certains de nos frères, à tort et à travers, consciemment ou inconsciemment, afin de corroborer ce qu’ils soutiennent, en l’occurrence la constatation de l’apparition de la lune par l’œil nu. Je l’ai intitulé le non-consensus sur le consensus : cas de la détermination du début du ramadan. Il traitera, brièvement de la notion de ijma’, “consensus”, dans un premier temps, et en appliquera les conclusions sur le cas de la détermination du début du mois du jeûne par le calcul astronomique. Je prie le Seigneur de m’aider à ne céder tout le long de ces quelques pages, ni aux insultes des uns et autres déjà proférées et à venir, ni à mon envie humaine de vouloir me venger de quiconque a menti à mon endroit ou m’a manqué de respect. Comme je prie tous les frères et sœurs que cet écrit pourra vexer parcqe qu’allant à l’encontre de ce qu’ils pensent ou que des propos que j’ai pu tenir ailleurs ont pu vexer d’attribuer cette faiblesse humaine à ma petite personne et de me pardonner, en leur assurant mon pardon, si c’est pour la religion qu’ils ont pu tenir des propos désobligeants ou mensongers à mon endroit, comme le frère modérateur du site Al-kanz.

1. La notion d’ijma’

1.1 définition.

Souvent traduit en français comme consensus ce mot veut dire en arabe, essentiellement trois choses : accord, préparation et volonté/détermination. C’est là des définitions purement littérales.

Les ʼuṣûliyyûn, « principologistes », en ont donné plusieurs définitions, dont la plus complète et la plus courte, pour moi, est celle qui dit que le consensus est « un accord qui a lieu entre les savants (ayant atteint le degré d’idjtihad) de la communauté du prophète Muhammad, après sa mort, à une période donnée sur une question donnée » (voir ʼirŠâd l’fuḥûl de l’imam Al-Šawkâni, page 71, et ʼibḥaĝ de l’imam Al-subki, vol 2, page 349). Al-qarâfi et d’autres comme Al-râzi en ont donné des définitions quasi similaires. Tout en retenant cette définition, je n’oublie pas celle soutenue par d’aussi grands noms que l’imam Al-Ġhazâli qui dit dans son mustaṣfâ (vol. 1 page 110) que l’ijma’ est l’expression de «l’accord de toute la communauté du prophète Muhammad (sans exception aucune) sur un sujet en relation avec la religion».

A vrai dire, on pourrait retenir cette définition car elle a, au moins, le mérite de donner à tout musulman le rôle de responsable qui est le sien face aux textes et bât en brèche les thèses des consensusocrates qui invoquent souvent le consensus là où il est impossible de l’avoir, ne serait-ce que parce que tous les musulmans ne sont d’accord que sur des questions précises, concernant les fondements mêmes de l’islam, comme les 5 prières quotidiennes, le caractère obligatoire des ablutions avant la prière, etc, et divergent sur le reste. Une situation qui a conduit un savant shafiite du 8ème siècle après l’hégire, appelé Al-˓uṯmâni, à écrire le célèbre livre intitulé La miséricorde de la communauté (musulmane) par la divergence des imams. Et je voudrais vous dire, chers frères et soeurs, que les questions qui n’ont pas fait l’objet de débat à l’intérieur même des compagnons et des savants des premiers siècles de l’Islâm, sont infimes, et ce, de l’avis même des savants. Une des raisons pour laquelle, d’ailleurs, les mu’tazilat et les shiites, entre autres, ne reconnaissent pas le consensus, arguant qu’il est impossible de le constituer.
Revenons à notre définition initiale. On peut en déduire plusieurs choses. Parmi elles, il y a l’idée que pour qu’il y ait consensus sur une question donnée, il faut nécessairement que tous les savants de cette période-là soient du même avis. Si un seul diverge, un seul, il n’y a plus d’ijma’. C’est l’avis de la majorité des écoles juridiques et des principologistes musulmans (voir Al’ihkâm d’Al-amidy, vol. 1 page 174-175, irchad alfuhûl d’Alchawkani, page 80, almustasfa, d’Al-ghazali, vol.1 page 116, Hashiyat Al-bannâni, Vol.2 page 157, ʼibḥaĝ de l’imam Al-subki, vol 2, page 386 et almahsûl, vol.2, page 95).

Seule une minorité de savants, comme Al-ttabari, Abu Bakar al-râzi et une version attribuée à l’imam Ahmad, soutient que le consensus s’obtient par la majorité. Cela s’appelle une antithèse, en rhétorique: une minorité qui soutient que la majorité peut constituer un consensus.

Les tenants du non-consensus par la majorité, les plus nombreux, je le rappelle, s’appuient essentiellement sur les preuves suivantes. D’abord, le sens des hadiths, dont, soit dit en passant, une bonne partie ont des chaines de transmission faibles, qui parlent de l’unité de la ummat, indique qu’il s’agit de toute la communauté musulmane, à travers ses savants. En d’autres termes, ils disent que pour qu’il y ait consensus, il faut que tous les savants d’une période donnée soient du même avis, même les mubtadiat, “les innovateurs”, parmi ces derniers. Les hanafites exigent que le savant soit digne de foi, pour que son avis compte dans le consensus, mais il leur a été rétorqué que la probité n’a rien à voir avec le savoir. Ce qui veut dire que même si le savant est considéré comme ayant des avis souvent discutables, le consensus ne peut guère se faire sans sa voix.

Par ailleurs, il y a d’innombrables cas où l’un des compagnons a, à un moment donné, sur un sujet précis, adopté une position juridique opposée à celle de la majorité on ne peut plus écrasante des disciples du prophète. Le plus célèbre reste sans doute la décision ferme d’Aboubacr de guerroyer contre ceux qui ont refusé de s’acquitter de la zakat, réprouvée par un la quasi totalité des compagnons. Et, non seulement c’est cette décision qui s’est appliquée sur le moment, mais en plus c’est elle qui s’applique en droit musulman depuis lors. Voilà comment une situation initialement minoritaire est devenue majoritaire plus tard. Ceux d’Ibn Abbas ne sont pas moins célèbres. Peut-on citer sa position sur riba l’fadl au risque d’oublier celles sur le mariage temporaire, mut’a ou la diminution des parts d’héritage, al’awl?

Les échanges ont dû être vifs et multiples entre les compagnons sur ces sujets. Cependant, rien n’indique que la majorité des compagnons a été, une fois, jusqu’au point de l’excommunier. Ils étaient pourtant convaincus d’avoir raison, mais au même titre que le docte homme de la communauté, Ibn Abbas.

A croire qu’on peut être plus mahométan, aujourd’hui, que ses propres compagnons, beaucoup de gens condamneraient au mieux au bagne quiconque oserait relancer certains de ces débats.
Pourquoi donc cette étroitesse d’esprit aujourd’hui? A cause de la compréhension qu’on a du consensus. On l’agite partout et au sujet de tout. Il y unanimité au sujet de ceci, unanimité au sujet de cela. Plus rien ou presque ne peut être discuté au motif, inavoué, que tout a été dit, nous sommes arrivés trop tard.

1.2 Consensus et majorité: est-ce la même chose?

Dans ce sens, on utilise insidieusement majorité en lieu et place d’ijma’ sous-entendant que ces deux mots sont synonymes. Or, il n’en est rien, du moins selon l’avis de la majorité des savants musulmans, comme il a été rappelé plus haut. L’auteur de Marâqi s’su’ûd écrit que même celui qui refuse le consensus ne doit pas être excommunié, bien qu’il ait inventé quelque chose de bien grave, une hérésie.

Abubacr et Ibn Abbâs seraient-ils hérétiques? Non, car ils n’ont fait que rester fermes sur des positions dont ils étaient convaincus, en dépit de celles soutenues par la majorité. Que Dieu leur en rende grâce car sans leur ténacité notre vie aurait ressemblé à une prison, où s’appliquerait la décision des seules majorités. Ce qui enlèverait à l’individu musulman sa part de responsabilité, pourtant consacrée par l’islam par le fait qu’il n’y ait pas de clergé dans cette religion. L’homme est seul responsable de ses faits et gestes.
D’aucuns nous rétorqueront le verset 115 de la sourate Les femmes, la meilleure preuve coranique du consensus pour ceux qui le reconnaissent comme faisant partie des bases du droit musulman, la 3ème base, respectivement après le coran et la sunna (à entendre chez les principologistes comme tout fait, toute parole, toute description attribuable au messager, pouvant servir de source à une norme juridique quelconque) :
ومن يشاقق الرسول من بعد ما تبين له الهدى ويتبع غير سبيل المؤمنين نوله ما تولى ونصله جهنم وساءت مصيرا
Mais on leur répondra qu’il ne s’agit pas là de la même chose: le consensus est une chose, la majorité une autre. Quant aux hadiths dits du sawâd el’andham, leurs chaines de transmission sont loin d’être exemptes de critiques.

Ce ne serait pas pour moi, aller trop loin que de dire que sans la possibilité de diverger avec tout le monde, au risque d’être ultra-minoritaire, comme le répètent à souhaits certains de nos frères et sœurs, concernant le recours aux calculs astronomiques pour la détermination du mois de ramadan, il n’y aurait jamais eu de fiqh. J’en veux pour preuve cette belle et longue tirade de l’imam Ibn hazm, dont l’école, aujourd’hui reconnue de tous, a souffert de son statut de non-aligné plusieurs siècles durant, dans alhmuhallâ, volume 9, page 231 :
(…)
فإن قيل هو قول الجمهور قلنا, كم قصة خالفتم فيها الجمهور نعم وأتيتم بقول لا يعرف أحد قاله قبل من قلدتموه دينكم وهذا الشافعي خالف جمهور العلماء في بطلان الصلاة بترك الصلاة على رسول الله صلى الله عليه وسلم في التشهد الأخير وفي تحديد القلتين وفي أزيد من مائة قضية وهذا أبو حنيفة خالف في زكاة البقر جمهور العلماء

S’il est dit “c’est l’avis de la majorité”, nous rétorquerons: “Dans combien de situations vous êtes-vous opposés à la majorité? Oui, vous êtes venus avec des avis, dont personne n’a jamais parlé avant ceux que vous suivez dans votre religion. Tenez, c’est Al-shâfi’i qui s’oppose à la majorité des savants en déclarant invalide une prière dont le dernier tashahhud ne contient pas le salut au prophète, en limitant à 160 litres et ½ la quantité d’eau insouillable, et dans plus d’une centaine de cas. Il en va de même pour Abu Hânifa qui s’oppose à la majorité dans la zakat des vaches’’ etc.

1.3 Un avis minoritaire n’est pas synonyme de perdition.

Peut-on après ces mots forts d’Ibn Hazm se permettre, comme on l’entend ça et là, aujourd’hui, de lier minorité à perdition? Par ailleurs, il a été rappelé plus haut qu’un avis initialement minoritaire peut devenir à un moment donné ultra-majoritaire. Le cas le plus célèbre en jurisprudence est jusqu’à maintenant la position d’Ibn Taymiya sur le divorce. Toutes les juridictions musulmanes y ont aujourd’hui recours, après que les savants musulmans se soient regimbés, à l’idée même de l’entendre. N’oublions pas la loi divine dans la création: rien ne commence grand. Pas même les messages célestes.

1.4 Des avis des pieux prédécesseurs aujourd’hui intenables

Il en sort que ce sont les musulmans qui font d’un avis un avis minoritaire et d’un autre majoritaire, selon l’accueil qu’ils réservent à un idjtihâd. Cette donnée, aujourd’hui occultée, est pourtant fondamentale, dans la compréhension du droit musulman. Elle nous fait revenir, en quelques sortes, sur la définition de l’ijma’ d’Alghazâli. On peut, en effet, aujourd’hui, faire d’un avis autrefois minoritaire un avis majoritaire. Même au niveau des savants, un ijma peut être mis de côté, si les données qui y ont conduit ont changé, avec le temps. C’est, en tout cas ce qu’écrit celui que l’on considère comme le plus grand spécialiste des hadiths du prophète du siècle dernier, Ahmad Ibn Al-’siddiq Alghoumâri, une sommité scientifique, inconnue du grand public, à la fin de son livre Tawjîh el-andhar litawhîdi l’muslimîna fi l’iftar “orienter les points de vue pour unir les musulmans dans la rupture du jeûne”, page 149:
إذا أجمعوا علي شيء ثم حدث معني في ذالك الشيء، لم يحتج بالإجماع المتقدم لأنهم أجمعوا علي معني قد زال و وجد خلافه، و هو معني لم يروه، فكيف يجمعون عليه؟

Or, le moins que l’on puisse dire est que les données scientifiques dont on dispose aujourd’hui n’ont rien à voir avec ce qu’ont eu les grands savants de la communauté musulmane, même si certains ne veulent pas, pour je ne sais quelle raison, d’ailleurs, l’admettre. Faudrait-il rappeler que l’imâm Al-shafi’i a dit qu’un enfant pouvait rester dans le ventre de sa mère 4 ans, ‘a’isha deux ans, Mâlik 5 ans ? Voici ce qu’écrit Alqurtubi dans l’exégèse du verset 8 du chapitre 13 du saint-coran:
« ٱللَّهُ يَعْلَمُ مَا تَحْمِلُ كُلُّ أُنثَىٰ وَمَا تَغِيضُ ٱلأَرْحَامُ وَمَا تَزْدَادُ وَكُلُّ شَيْءٍ عِندَهُ بِمِقْدَارٍ »

وٱختلف العلماء في أكثر الحمل؛ فروى ابن جُرَيج عن جَميلة بنت سعد عن عائشة قالت: لا يكون الحمل أكثر من سنتين قدر ما يتحوّل ظِل المِغزَل؛ ذكره الدَّارَقُطْنِي. وقالت جَميلة بنت سعد ـ أخت عبيد بن سعد، وعن الليث بن سعد ـ: إن أكثره ثلاث سنين. وعن الشافعي أربع سنين؛ وروي عن مالك في إحدى روايتيه، والمشهور عنه خمس سنين؛ وروي عنه لا حدّ له، ولو زاد على العشرة الأعوام؛ وهي الرواية الثالثة عنه. وعن الزّهري ست وسبع. قال أبو عمر: ومن الصحابة من يجعله إلى سبع؛ والشافعي: مُدَّةٌ الغاية منها أربع سنين. والكوفيون يقولون: سنتان لا غير. ومحمد بن عبد الحكم يقول: سنة لا أكثر. وداود يقول: تسعة أشهر، لا يكون عنده حمل أكثر منها

“Les savants ont divergé sur la durée maximale d’une grossesse. Ibn Jurayj recueille de Jamila fille de Sa’d, elle de ‘Aishat que la durée maximale d’une grossesse est de deux ans. La même Jamila recueille d’al-layth bnu Sa’ad qui dit: “La durée maximale d’une grossesse est trois ans”, “4 ans” selon al-shafi’i. Il est recueilli de Mâlik, dans une de ses deux versions, la même chose, mais son avis le plus connu est 5 ans, comme il est recueilli de lui que la grossesse n’a pas de limite (….).

Mon but n’est pas d’indexer les erreurs de ces sommités, qui ont traversé les temps et les espaces. Il est de montrer qu’à mon avis il y a des avis qui ont existé chez nos savants, même chez les compagnons, que nous ne pouvons plus soutenir aujourd’hui, sous peine de voir nos jeunes se détourner de la religion. Quel père accepterait qu’on lui attribue un enfant, qu’il aurait eu avec une femme, dont il aurait divorcé 4 ans auparavant? C’est pourtant ‘Aisha, Mâlik, Al-layth bn Sa’ad et Al-shafi’I qui le disent. Donc pas n’importe qui.
Ayons, chers frères et soeurs, un oeil très critique sur ce que nous ont légué les générations dorées de l’islam, car, quoique l’humain fasse, il lit le monde, il analyse les textes, avec et au prisme de ce qui nous entoure. Nos pieux prédécesseurs se sont exprimés sur la grossesse avec les connaissances sur l’homme qui étaient celles de leurs temps. Tenir aujourd’hui les mêmes propos serait un crime de lèse-conscience.

Il n’en va pas autrement des données astronomiques. On ne peut pas dire sérieusement aujourd’hui que l’astronomie du temps d’Averroès est la même que celle de Youri Gagarine ou encore celle de Cap Canavéral ou de Baykonour. Chers savants, chers frères, chères soeurs, ce n’est plus la même chose. Je ne vous apprends rien. Vous le savez certainement mieux que moi.
Ce qu’ont rejeté, “à la grande majorité” les savants musulmans c’est le recours aux astrologues, non aux astronomes, car il n’y en avait pas, du moins comme nous les connaissons aujourd’hui. D’aucuns confondent insidieusement les deux, ce qui est très grave. Madame Soleil n’est pas Hubert Reeves, le célèbre astrophysicien mondialement connu! Et de fait, ce que récusaient les jurisconsultes musulmans, a fortiori, était le caractère infondé et aléatoire des données des astrologues. Ne perdons pas cela de vue.

2. Le statut juridique du recours aux calculs astronomiques pour la détermination du début et de la fin du mois du jeûne et de celui du pélerinage.

Maintenant que nous savons ce qu’est le consensus et, surtout, comment il se constitue, nous pouvons revenir sur ce qu’ont dit les savants musulmans du recours aux calculs astronomiques dans la détermination des débuts et des fins des mois lunaires. Je m’appuierai essentiellement, dans cette partie, sur Tawjih el-andhâr d’Alghoumari, notamment à partir de la page 42.
L’idée que c’est le tâbi’i Mutarrif ibn Abdillah ibn al-shikhir (mort en 78 après l’hégire, soit avant la naissance des imams de 4 principales écoles sunnites) le premier qui ait parlé de s’appuyer sur le calcul astronomique pour la détermination du début de ramadan semble acceptée par nombre de fuqâha “jurisconsultes”, anciens comme contemporains. Ibn ‘Abd Albarr, le célèbre savant malikite multiforme et multi-école (368-463, après l’hégire), estime, de sa part, que Mutarrif n’est pas l’auteur de cette déclaration.

2.1 Origines de la divergence

الحكم علي الشيء فرع عن تصوره

“Le jugement que l’on fait d’une chose est fonction de sa définition”.
Cette règle répandue chez les principologistes trouve ici toute son importance, car une fois de plus la façon dont on définit les mots constitutifs des textes va jouer un rôle primordial dans les débats qui encore aujourd’hui divisent les musulmans du monde. Et ce, à plus d’un titre.

2.1.1 Le mot رؤية.

Ce mot est incontestablement au coeur de la divergence entre ceux qui disent que la détermination du début et de la fin des mois lunaires repose exclusivement sur la vision oculaire et ceux qui disent qu’on peut ou on doit s’appuyer sur les calculs astronomiques. Et pour cause, en arabe, le mot signifie aussi bien la vision oculaire que le savoir. Les dictionnaires encylopédiques de la langue arabe, comme Lisân l’arab, font bien ce distinguo de taille.

Il se trouve que la majorité des savants musulmans depuis le début a retenu comme moyen exclusif de détermination du début et de la fin des mois luniaires la vision oculaire, retenant ce faisant la première définition du mot. Mais, d’autres, non moins importants, en nombre, comme en savoir, retiennent la seconde définition. L’un de ces derniers est le célèbre savant shafiite du 10ème siècle de l’hégire Ibn Hajar alhaytami. Il écrit dans son livre intitulé alfatawâ alkubrâ que « si je dis à mon épouse “Tu es divorcée, si tu vois la lune” et que quelqu’un lui en apprend la présence, le divorce a bien lieu car رؤية veut dire savoir ».

Il apparaît, de là, que les deux avis reposent sur un des deux sens possibles du mot. De quel droit l’un des deux se targuerait d’être la vérité plus que l’autre ? Cette question en pose une fondamentale : qui a le droit de dire d’un mujtahid qu’il a tort ou qu’il a raison ?

La communauté musulmane va au marché des idées de ses savants et y prend ce qui lui correspond. N’étant pas monolithique, certains de ses membres optent pour une idée, au moment où d’autres en choisissent une autre. Quant à la vérité dernière, c’est seulement auprès de Dieu, une fois morts, que les musulmans sauront qui a eu vraiment raison. Sachant que dans ce choix qu’ils ont à faire, ils ne s’exposent à quelque danger que ce soit, puisque de toutes façons, celui qui s’investit dans le but de comprendre une norme divine, comme il se doit, est récompensé, qu’il échoue ou réussisse.

Il n’est donc permis à personne de s’ériger en juge des décisions et avis juridiques des imams et savants musulmans, contrairement à ce à quoi on assiste aujourd’hui, où chacun essaie d’étouffer les idées des autres, pour que seule la sienne soit retenue. On est bien loin de l’éthique des Mâlik et autres Abû Hanif-at pour qui la divergence était une source d’enregistrement.

Les avis juridiques en terre musulmane ne se mesurent pas à l’aune des gens qui les adaptent. Dit autrement, le terme minorité n’est pas en soi une tare. Au contraire. L’excellence n’est jamais atteinte par le grand nombre.

Mais là n’est pas le propos. Le débat porte sur le sens du mot vision, qui se trouve être polysémique en français, aussi. Vous remarquerez que les adjectifs qui dérivent de « voir » sont moins en rapport avec l’idée de voir avec l’œil qu’avec le savoir. Voyant n’est pas, en effet, celui qui voit, sauf face à celui qui n’est pas pourvu de la vue, non-voyant. Visionnaire n’a rien à voir non plus avec la vision, avec ou par les yeux. C’est seulement par le savoir et seulement que l’on est appelé voyant, « devin » et visionnaire « perspicace ».
Le verset par lequel se fait la prescription du jeûne utilise un terme qui corrobore une fois de plus le second sens. Dieu dit : فمن شهد منكم الشهر فليصمه « Alors, quiconque, parmi vous, apprend l’apparition de la lune ordre lui est donné de jeûner ». Le terme شهد, qui a 4 sens en arabes, comme le rappelle le maître Al-ghumâri, ne peut nullement, ici, signifier « voir » car si cela était le cas, seules les personnes qui la verraient seraient obligées de jeûner. Or, ce n’est un secret pour personne que rares sont ceux qui parmi le milliard et demi de fidèles musulmans voient la lune à l’œil nu, le mois de ramadan. Les écoles juridiques regorgent d’idées bigarrées au sujet de la nature et du nombre des personnes pouvant avertir de l’apparition de la lune, condition sine qua none au début de l’acte d’adoration qu’est le jeûne. Ce n’est pas le lieu d’en faire état. Seulement, on voit bien que c’est par le savoir et seulement par celui-ci que l’on jeûne, la vision oculaire n’étant, de fait, qu’un outil œuvrant pour le compte du savoir.

Le non-voyant serait définitivement dispensé du jeûne si شهد signifiait voir par les yeux, étant donné qu’il est dépourvu des organes par lesquels peut se repérer la lune. Or, il n’en est rien, car il peut savoir.

Il en résulte que le verset ne se limite pas à la simple vision oculaire, ni même à la notion d’être chez soi, dans son pays ou dans sa ville, lorsque se fait l’annonce de la vision de la lune pour le ramadan. Il signifie que ordre est donné de jeûner à quiconque la nouvelle de l’apparition de la lune parvient, et ce, quel que soit l’endroit d’où nous provient l’information.
Là se trouve, pour moi, la raison du caractère transfrontalier de l’injonction d’observer le ramadan, reconnu et appliqué par la plupart des écoles juridiques musulmanes. Dès lors que l’information nous parvient, nous devons jeûner, notamment si elle nous vient de quelqu’un qui a autorité sur nous ou en qui nous pouvons avoir confiance.

Mais venons-en aux calculs. A quoi servent-ils au fond ? Comme les yeux, ils permettent de savoir, ici, l’apparition ou non de la lune, à une période donnée. Ils sont, comme les yeux, un outil œuvrant pour le compte du savoir. Rien de plus, ni de moins. Voir la lune par les yeux ou par les calculs n’est pas en soi une fin. Les deux outils permettent, chacun, de savoir si nous devons ou pouvons ou non commencer l’adoration de Dieu par le jeûne.

Vus sous cet angle, est-il possible de considérer les calculs astronomiques comme une hérésie? Seule une lecture littéraliste des textes peut, aujourd’hui, conduire à pareille inférence. Et si les nombreux savants anciens de la communauté qui ont eu cette lecture, ne peuvent pas être considérés comme littéralistes c’est parce qu’ils n’avaient pas l’alternative que nous avons maintenant, celle des calculs astronomiques.
Ayant compris que le but n’est pas de voir par les yeux ou par les calculs, mais plutôt de savoir, Al-qushayri (376- 465 après l’hégire) grand juriste shafiite et spécialiste du hadith et surtout de l’exégèse, déclare :
» إذا دل الحساب علي أن الهلال قد طلع من الأفق علي وجه يري لولا وجود المانع كالغيم مثلا، فهذا يقتضي الوجوب، لوجود السبب الشرعي « (..)
« Si les calculs montrent que la lune est au-dessus de l’horizon, au point qu’elle pourrait être vue, s’il n’eût d’entrave, comme les nuages, par exemple, alors il faut jeûner en raison de la présence de la raison juridique », comprenez « du jeûne » qui est la présence ou l’apparition de la lune et non sa vision » (voir ˓umd-atu l’qâri, commentaire de l’authentique d’Al-bukhari, de l’imam Al-˓îni, vol. 10 page 272).

Un hadith du prophète recueilli par Abu Dâwûda Al- ṭayâlasi, dans son musnad, dans une version complémentaire et par Al-bukari, Muslim, Ahmad et les auteurs des sunnan d’après Ibn Abbas et nombreux compagnons nous montre définitivement que ce qui compte n’est nullement le moyen, mais plutôt le fait de savoir. Il nous apprend, en effet, que le prophète s’est isolé de ses épouses pour un mois après lequel il est revenu. Aisha, puisse Dieu être satisfait d’elle, lui dit étonnamment: “Ne t’es-tu pas retiré pour un mois? Le prophète répondit: “ le mois est de 29 jours”. La version d’Abû Dâwûd nous apprend, d’après Ibn Abbâs, que Jibril, en personne est celui qui est venu apprendre au prophète que la lune était bien présente, en lui disant: “Ô Muhammad, le mois est de 29 jours.”

Alhâfidh al-ghoumâri fait une remarque sur ce hadith qui est des plus importantes, qui est que ni le prophète, ni Aïsha, ni personne d’autre ne l’ont vue, parmi les hommes. D’où leur étonnement quand ils le voient revenir auprès de ses épouses.
Le point importantissime à relever ici est que le moyen n’est ni l’oeil, ni même le calcul, mais plutôt la révélation. Le prophète se serait-il passé de la sunna de voir, comme le rapportent certains de nos frères ou du charme de la découverte de la lune, la veille du mois, comme le disent d’autres?
Ce hadith ne laisse nullement la place à quelques tergiversations que ce soit. Seul l’objectif compte: savoir que la lune est là. Quant au moyen d’y parvenir, seule sa fiabilité importe. Si elle est digne de foi, on s’exécute en mettant en application l’acte d’adoration en rapport avec l’apparition du croissant lunaire. Or, le moins que l’on puisse dire est que les calculs astronomiques, en dépit de ce que tout ce qui en est dit, sont on ne peut plus précis, quant à l’heure, que dis-je, quant à la seconde à laquelle la lune, le soleil et la terre sont sur la même ligne, ce que les spécialistes appellent la conjonction. Un savant shafiite du 10ème siècle, et pas n’importe lequel, le grand al-ramli soutient près de 500 ans avant sheikh Fayçal Mawlawi, que là commence le mois juridique, contrairement aux autres savants musulmans, qui distinguent le mois astronomique, qui commence à la conjonction, du mois juridique qui commence dès lors que le croissant lunaire devient visible. A voir le tohu bohu qui a lieu en France et dans le monde du musulman à cause du simple fait que l’on veut utiliser un moyen, de l’aveu de tous, plus sûr que l’oeil nu, le calcul, on se dit qu’Al-ramli se serait fait crucifier verbalement et probablement physiquement, s’il vivait parmi nous. Mais, il a eu de la chance, il est né 4 siècles avant nous!

2.1.2: L’expression فاقدروا له

Cette expression a fait couler plus d’ancre que le mot “vision”. D’aucuns l’ont interprétée comme étant la preuve que le prophète ne voulait pas pas que nous ayons recours au calcul, en arguant qu’elle veut dire “finissez les 30 jours du mois”. C’est un avis soutenu par nombre de compagnons et de savants musulmans. Nos frères hanâbilat disent totalement le contraire, car pour eux il n’y a pas de jour de doute. On jeûne ce qui peut être le dernier de shâabâne, si les temps sont nuageux, car, pour eux, mieux vaut jeûner à tort un jour que rompre par erreur un jour de jeûne. Et ils s’appuient, dans ce raisonnement, sur le coran et la sunna, comme les tenants de l’autre thèse.

Comment, dans ce monde villagisé, pouvons-nous unifier toutes ces positions? Seuls les calculs astronomiques et non astrologiques, peuvent mettre fin à cet imbroglio. Qui suivre? Quels pays suivre? Au moment où les frontières géographiques tombent les unes après les autres, nous, musulmans, essayons, à contre-courant, de les rebâtir, en appelant à une vision régionale, soutenant l’avis majoritaire chez les shafiites et chez Ibn ‘Abd Albarr, connu pour ses positions proches du shafiisme, et rejetant l’avis majoritaire dans les écoles juridiques musulmanes qui veut que où que l’on voit la lune les musulmans de la planète terre jeûnent tous.

D’aucuns poussent le raissonnement tellement loin que sans se rendre compte ils arabisent l’islam. “Pour jeûner, disent-ils, il faut que la lune soit vue dans un des pays arabes, oubliant au passage près de 300 millions de musulmans non arabes, qui jeûnent depuis des années sur la base des calculs”, et ce, sans jamais mentionner la notion de distance ou de fuseaux horaires, avancée par les savants pro-vision régionale, comme les shafiites et certains mâlikites, dont le géant du savoir, Ibn Abd Al-barr, devenant du coup sans écoles.

Mais, là, je voudrais que nous nous arrêtions deux secondes, frères et soeurs, pour méditer sur une notion qui pour moi est aujourd’hui complètement galvaudée: la notion d’état musulman. A moins que l’on nous sorte un consensus “farfelu” sur la définition de cette notion, les voix des savants musulmans divergent d’une école à l’autre, et parfois, à l’intérieur d’une même école. Il conviendrait que nos jurisconsultes contemporains se penchent sérieusement sur cette question pour de nouveau redéfinir les critères d’un état musulman, car le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont on ne peut plus flous! Certains de ces états dits musulmans, pour n’en nommer aucun, ont à leur tête des argentivores et des sanguinaires qui tuent leurs peuples, leur volent ce qu’ils ont de plus cher, l’intégrité humaine. Est-ce cela l’islam? Mais là n’est pas mon propos!

Du point de vue de la da’awa, nous avons besoin, de l’aveu même du Messager, que les autres sachent que nous avons des fêtes. Et à ceux, parmi nos frères et soeurs, qui seraient tentés de sous-estimer le rôle symbolique de la fête de l’aïd, je dis que ce n’est pas du tout dans le sens que le prophète a voulu donner aux deux aïds. Il les faisait en dehors des mosquées pour que tout le monde, hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux, y participent. Et à ceux qui parlent du charme de la nuit du doute, je dis que c’est cela le charme voulu par le prophète, avec les enseignements qu’il y a derrière. Faisons que tout le monde vive l’aïd, comme le veulent les traditions prophétiques. Or, jusqu’à maintenant, on avait soit nos frères turcs, en France, qui faisaient l’aïd, tous seuls et les autres avant ou après, soit une célébration pour la mosquée d’obédiance machin, un jour, et un autre jour pour la mosquée d’obédiance bidule.
Seuls les calculs, à mon avis, uniraient les musulmans du monde. On se plaint que nos enfants se noëlisent d’année en année. On va jusqu’à faire des scandales dans nos écoles, à cause de cela. Mais au même moment, chacun torpille, inconsciemment, la possibilité de voir un jour l’aïd avoir la dimension transculturelle et transfrontalière de noël, par ce qu’il conviendrait d’appeler le nationalisme religieux.
Pour revenir au sens de l’expression فاقدروا له sachez que les pro-calculs, parmi les savants, disent qu’il y a là la preuve qu’on peut ou on doit calculer (voir le vol.22 de l’encyclopédie de la jurisprudence musulmane produite par le Koweît, notamment l’item رؤية).

3. Y a-t-il ijma’ sur le rejet du calcul astronomique?

Je vais pour répondre à cette question citer les avis des principales écoles sunites et vous laisser juger du caractère fondé ou infondé d’une déclaration qui réclamerait ‘ijma’, telle que nous l’avons définie plus haut, sur le rejet prétendu du calcul astronomique par les savants musulmans. Et pour cela, commençons dans l’ordre d’apparition, dans le temps, des écoles juridiques sunnites.

Que dit l’école hanafite à ce sujet?

L’imam Muhammad ‘abd al-hayy Allakûni (mort en 1304 après l’hégire) écrit dans son livre alqawlu almanshûr fî hilâli khayri sh’shuhûr:
Azzâhidi rapporte dans son livre alghunyat trois propos des hanafites (au sujet du recours au calcul astronomique) dont un qui dit que l’on peut s’appuyer dessus pour la détermination (comprenez du début et de la fin du jeûne) et un autre propos qui dit totalement le contraire.

Dans les Rasa’îl d’Ibn ‘Abidîn, (notamment le volume 1 pages 224-225), cette sommité hanafite rapporte que certains savants de son école optaient pour le calcul dans la détermination du jeûne, alors que d’autres considéraient cela comme contraires à la loi divine.

Que dit l’école malikite à ce sujet?

Contrairement à ce que l’on rapporte ici et là, l’imam Alqarâfi (626-684, après l’Hégire) dans son livre les Furuq, volume 2, farq 102, dit clairement qu’il y a deux avis dans l’école malikite, dont un qui dit que l’on peut s’appuyer sur le calcul et conclut aussitôt que le plus connu des deux est le non recours au calcul.

Le grand cheikh des mâlikites des temps modernes, cheikh ‘Alish (1217-1299, après l’hégire), écrit dit dans ses fatawis: “Nous ne nions pas l’existence, chez nous, d’un avis autorisant le recours au calcul, comme chez les shafiites, nous le reconnaissons dans les deux écoles, mais il reste très rare, on ne les utilise qu’en cas de nuages” (….).

Que dit l’école shafiite à ce sujet?

Abu Ishâqa al-shirâzi, (393-476) dans son livre almuhadhhab, une des grandes références de l’école shafiite (vol.2 page 592), écrit:
و إن غم عليهم الهلال، و عرف رجل الحساب، وعرف بالحساب ففيه وجهان، قال أبو العباس، يعني أحمد ابن سريج(مجدد القرن الثالث عند بعض العلماء 240-306): يلزمه الصوم، لأنه عرف الشهر بدليل، فأشبه إذا عرف بالبنية، و الثاني أنه لا يصوم، لأنا لم نتعبد إلا بالرؤية. (…..)

(….) “Il y a deux avis au sujet de celui qui connaît les calculs dans l’école: l’un d’Ibn Surayj (240-306, après l’hégire, considéré comme le mujaddid du troisème siècle après l’hégire, dont l’auteur d’Elmuhadhab) qu’il doit jeûner si par les calculs il sait que la lune est là, mais couverte par les nuages. L’autre dit qu’il ne jeûne pas, car Dieu nous a fait adorer par la vision”.

Pour éviter qu’on me rétorque l’avis d’Annawâwi dans son commentaire, qui dit qu’on peut pas avoir recours au calcul, je précise tout de suite que les savants de l’école shafiite venus après lui, comme al-subki, Ibn hajar Alhaytami, Al-rami, entre autres se sont opposés à cet avis. Raison pour laquelle l’avis le plus connu chez eux est, comme le fait remarquer alhâfidh Al-ghoumâri, (ibid.) celui d’Ibn Surayj.

Les hanâbilat sont, eux, quasi totalement contre le calcul. Inutile donc de poser la question à leur sujet.

Conclusion

La question que je pose maintenant est la suivante. Est-il permis de parler d’ijma’ à ce sujet? Libre à tout un chacun de voir ce qu’il veut, mais l’honnêteté intellectuelle à laquelle nous éduque le message coranique exige que nous soyons équitables dans nos agisssemnts et déclarations.

Recourir aux calculs astronomiques n’est pas une innovation. Mais observer la lune ne relève pas de la ringardise, même si par moments cela a pu sortir de ma bouche à l’endroit de quelques frères, auxquels je demande platement pardon. Les deux étant de la sunna, prenons celui qui facilite la vie à tous, le calcul. Et Dieu est plus Savant.

Mohamed Bajrafil
Docteur en Linguistique de l’Université Paris 7
Qualifié aux fonctions de Maître de Conférence en linguistique générale et en Arabe
Professeur de fiqh comparé et shafiite
Chargé de cours en Arabe en Universités
Professeur de Lettres-Histoire dans le secondaire
Imam-Khatwib à la mosquée d’Ivry-sur-Seine
Auteur du livre «l’Islam de France, l’an I»

2016-10-24T16:31:50+00:00