Mohamed Bajrafil – Et si des Comoriens étaient les principaux responsables de la déconfiture de leur pays ?

Mohamed Bajrafil – Et si des Comoriens étaient les principaux responsables de la déconfiture de leur pays ?

On est en droit de penser que Paris tire les ficelles derrière les soubresauts politiques qui compromettent encore et toujours le développement et le progrès de l’archipel comorien. Cependant, si c’est lui qui est à l’écriture du scénario, ce sont des Comoriens qui sont à la réalisation du film.

Dans un pays, comme les Comores, où la responsabilité humaine n’est qu’artefact, le fatalisme religion d’état et le mensonge politique sport national, rien n’est plus important que de pouvoir se trouver un coupable, sur lequel tout mettre. La morale n’a plus le même sens, ici, qu’ailleurs. Quand La fontaine écrivait dans ses fables « qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi », il pensait sa maxime universelle.

Seulement, cette réalité comorienne le dédit. Trente deux ans d’indépendance et rien ne va à cause de l’ancienne métropole. C’est, voyez-vous, plus grand que nous. Tout stagne à cause de la France, même les phénomènes les plus naturels. L’autre jour, mon père me disait qu’en fait les coups d’état à répétition aux Comores sont l’expression du courroux « du grand méchant français », qui cherche à se venger de la manière unilatéralement insolente dont l’indépendance des Comores a été proclamée. Sûr de son analyse, il conclut qu’il ne s’arrêtera pas tant que les acteurs de cette hardiesse ne seront pas, tous, enterrés.

C’est le prix à payer. Nous devons, donc, attendre que le trépas égrène, les uns après les autres, les « héros comoriens » pour voir notre pays se mettre debout. Mais si seulement cela pouvait être vrai ! Après tout, qu’est-ce que ces gens-là ont fait pour notre pays ? Rien, à part l’enfoncer dans les méandres du désespoir. Le père de l’indépendance, Abdallah, restera le pire dictateur que les Comores aient connu. Jamais la liberté d’expression n’aura été aussi enterrée que sous son règne ; jamais on n’aura autant tué et emprisonné des opposants politiques que lui. Le pays a été, ses douze ans de règne durant, cédé à des soldats de fortune qui en ont fait leur seigneurie.

Même si, comme on l’a appris dans le procès mascaradesque de Bob de Denard, aujourd’hui au pays des ignames, l’année dernière, les mercenaires français n’ont jamais franchi un feu rouge planté par les services de renseignement français, peut-on dire que c’est la France qui a tué les dizaines de jeunes comoriens dans les prisons comoriennes dans les années quatre vingt ? Elle peut-être accusée de tout, sauf de cela. Laissons le fatalisme et le recul devant nos responsabilités et celles des nôtres. C’est bien difficile à admettre, c’est vrai, mais un comorien, au même titre que tout humain, peut être un bourreau. Abdallah en a été un.

On est en droit de penser que Paris tire les ficelles derrière les soubresauts politiques qui compromettent encore et toujours le développement et le progrès de l’archipel comorien. Cependant, si c’est lui qui est à l’écriture du scénario, ce sont des Comoriens qui sont à la réalisation du film. Il faudrait, en effet, être dupe pour ne pas voir que si la crise anjouannaise couve depuis si longtemps c’est parce que des Etrangers soutiennent sans doute financièrement et certainement politiquement les séparatistes anjouannais. C’est d’autant plus clair qu’à chaque fois que des sanctions sont prévues contre les autorités autoproclamées de l’île d’Anjouan, on a l’impression qu’une puissance mondiale empêche l’application de ces sanctions. Mais, jusqu’à preuve du contraire, ce ne sont pas des soldats français qui ont, à deux reprises, humilié l’armée nationale à Anjouan. Ce sont les milices de Bakar.

Il y a une semaine, l’île de Mayotte a été sacrifiée devant l’autel de la coopération franco-comorienne contre une réception de Sambi par Sarkozy. Etait-ce le couteau sous la gorge que le président comorien et son gouvernement ont honteusement et perfidement retiré la question de Mayotte de la soixante deuxième session de l’assemblée des nations unies ? Je ne le pense pas. Je ne le pense pas d’autant moins qu’aujourd’hui il est possible de rompre le pacte colonial et, ce faisant, ouvrir notre diplomatie à d’autres horizons.

Faut-il donc parler d’incapacité de nos dirigeants politiques ou plutôt de couardise ? De toute façon, le peuple comorien, riche de sa culture unique, de son environnement idyllique et de ses ressources naturelles, finira par triompher. Et ce jour-là, les assassins de l’unité de la nation, qu’ils aient été présidents de l’union et/ou d’une île, devront répondre de leurs actes. Quiconque intente à l’intérêt suprême de ce pays s’expose aux foudres du futur. Vous les croyez lointaines, nous les croyons très proches. Elles sauront juger, comme il se doit, les bourreaux de l’union des Comores.

Par Mohamed Bajrafil
COMORESMAG.COM , 18/10/2007

2016-08-22T01:33:20+00:00